Kawah Ijen – Modernes Sisyphe parmi des flammes bleues.

Au départ, nous pensions visiter seulement le volcan Bromo, mais plusieurs personnes rencontrées en voyage nous ont convaincues d’aller voir le Kawah Ijen. Enchantées par la splendeur du Bromo mais un peu déçues par son fameux lever de soleil, pas spécialement impressionnant durant la période des pluies, nous faisons demi tour, curieuses de découvrir le volcan dont tout le monde nous parle.

Quelques heures plus tard, nous arrivons au village de Licin, situé à 17 km du parking du Kawah Ijen, point de départ de l’ascension du volcan. Cette fois-ci, nous mettons notre réveil à minuit car le départ est prévu à 1 heure du matin. Pourquoi? Parce que le Kawah Ijen est connu pour ses flammes bleues produites par le souffre en feu, que l’on peut voir uniquement lorsqu’il fait nuit noire, avant 4h30 du matin.

A 1 heure du matin pile, une voiture nous conduit à l’endroit où nous commencerons l’ascension du volcan. Un guide nous attend, muni d’une lampe torche. Près deux heures de montée, nous arrivons  à l’arête du cratère. Là-haut, le vent souffle et il fait froid. Nous commençons à  sentir la puanteur de l’œuf pourri. Notre guide nous conseille de bien se couvrir le nez et la bouche, pour se protéger de cette odeur de soufre qui ne nous quittera plus jusqu’à la fin de la visite.

Maintenant, il faut aller à l’intérieur du cratère. La pente est raide et dangereuse. Il fait nuit, nous n’avons aucune protection, il faut faire attention où l’on met les pieds. Le guide nous aide constamment car les rochers sont glissants.  Il est normalement interdit aux touristes de descendre dans ce cratère sous surveillance et  considéré comme constamment en éruption. Mais ils le font tous sous leur propre responsabilité, quand les conditions météo le permettent. Et nous le ferons aussi…

Nous continuons la descente parmi d’autres touristes. Mais dans ce volcan, nous ne sommes pas tous seuls…

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Nous commençons à apercevoir les silhouettes d’hommes équipés d’un double panier en osier, tous deux remplis de soufre, qu’ils portent sur leurs épaules: environ 40 kilos chacun. Ces mineurs extraient le minerai à coup de barre à mine, sous la forme de blocs de plusieurs dizaines de kilogrammes chacun qu’ils remontent ensuite dans la vallée. Le bruit du panier qui crisse à chaque pas est saisissant. Les porteurs synchronisent leurs pas pour équilibrer au mieux leur lourde charge. Plus de deux cents hommes, de modernes Sisyphe, malgré les risques et les conditions très difficiles, font en général 2 trajets de 4km par jour. Le salaire d’un homme capable de porter 160Kg par jour s’élève à 80 euro par mois. Cette somme pour le moins modique représente  le double de salaire moyen au village…

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Nous continuons la descente parmi ces hommes forts et courageux. L’obscurité, d’abord profonde, laisse soudain place à un spectacle insolite et difficile à décrire. Des flammes bleues jaillissent du sol, sur plusieurs mètres autour de nous. La beauté de ce monde n’arrête pas de nous surprendre!

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En face de nous, des tuyaux canalisent et refroidissent le soufre liquide orange (115 °C), qui se cristallise en masses jaune citron.

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Le soleil commence à se lever, et nous découvrons enfin l’endroit ou nous nous trouvons. C’est impressionnant, vraiment. Un paysage de catastrophe, tout autour de nous est jaune, la terre fume!

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A quelques mètres de nous se trouve le plus grand lac d’acide du monde.  La couleur de l’eau de ce lac présente tout un camaïeu de vert, qui peut aller du vert émeraude au vert turquoise. La température de l’eau oscille entre 20 et 40 °C en fonction de l’activité du volcan et des pluies. En indonésien, Kawah Ijen veut dire cratère vert.

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Mais c’est en remontant que nous comprenons pourquoi le Kawah Ijen est dangereux: les vents sont défavorables et nous envoient toutes les vapeurs. Malgré un foulard, l’air devient vite irrespirable. J’ai l’impression que je vais m’étouffer. Je me plie derrière un rocher en espérant que le vent tourne. Mes yeux pleurent, ma gorge pique, je ne vois rien.  Nous n’avons pas de masques. Les fumées de souffre peuvent nous intoxiquer. La sortie est un calvaire. Une éternité plus tard, nous sommes heureuses de respirer enfin l’air frais!

Je connais Nicolas Hulot. Il est venu ici en hélicoptère! – nous dit notre guide pendant la descente. En effet, Ijen, le volcan difficile d’accès a été rendu célébre en France par Nicolas Hulot dans son émission Ushuaia. C’est peut-être pour cela que notre guide, employé-mineur d’Ijen, ne travaille pas ce matin au fond du cratère. Son patron lui a demandé de guider les touristes.

Quand je lui demande s’il a des enfants , il me répond qu’il en a un.

« Je descends dans ce volcan chaque jour pour que mon fils puisse aller à l’école et avoir un avenir meilleur. Je ne veux pas qu’il finisse comme moi » - rajoute-il.

J’y repense encore, à ce voyage…

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Je vous conseille:
* De venir avec un masque à gaz – même si vous allez avoir l’air ridicule, vous respirerez mieux!
* Ne croyez pas si on vous dit que les masques seront fournis par votre guide à l’entrée du volcan!
2 Responses to “Kawah Ijen – Modernes Sisyphe parmi des flammes bleues.”
  1. Adeline misti

    C’est impressionnant. Rien à rajouter

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